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Il est temps pour les zones franches du Moyen Orient de se transformer

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Les zones franches ont de tout temps accompagné la croissance et le développement du Moyen-Orient. Au moment où l’activité sur le continent devient plus attractive, comment faire pour conserver l’opportunité des zones franches?

Pour le Moyen-Orient du début des années 2000, les zones franches - avec leur environnement commercial propice - étaient les véhicules parfaits pour attirer les investissements étrangers nécessaires.

Les zones franches séduisent car elles ne requièrent souvent qu’un capital minimum et s’organisent en guichet unique pour la création et le fonctionnement d'une entreprise. Les sociétés des zones franches sont en mesure de se départir des procédures bureaucratiques qui pourraient autrement impliquer plusieurs visites dans divers ministères. De plus, les zones franches sont accompagnées d’une infrastructure de base et d’un support télécom, et ce qui est beaucoup plus avantageux pour les investisseurs étrangers, leur documentation est en anglais.

Les pays hôtes tirent également beaucoup d’avantages. Non seulement ils perçoivent des contributions en tant que concédants de licence et des loyers en tant que propriétaires, ils se tournent vers également vers les zones franches pour la création d’emplois, la stimulation des exportations, la diversification de l'économie et le renforcement des capacités de manufacture.

Subsidiairement, les zones franches permettent également au gouvernement du pays hôte d'expérimenter des réformes institutionnelles qui, en cas de succès, peuvent être adoptées à l'ensemble de l'économie.

L'INVESTISSEMENT DIRECT ÉTRANGER

Les zones franches sont très tributaires des IDE à tel point qu'une mesure de leur succès est l'investissement qu'ils peuvent engranger.

Mais au moment où les gouvernements assouplissent les restrictions sur les sociétés du continent et autorisent l’accès à la propriété à 100%, les zones franches risquent-elles de perdre leur opportunité? Ou devraient-elles plutôt s'adapter au nouvel ordre en poursuivant un développement en rupture et en s’améliorant sur la chaîne des valeurs?

CONCURRENCE DANS LE VOISINAGE

Aux Émirats arabes unis, il existe 45 zones franches, dont 30 à Dubaï seul. Selon le rapport annuel de la Banque centrale des EAU, la valeur des exportations des zones franches des EAU s'est élevée à 225,5 milliards de dirhams (61,39 milliards de dollars) en 2017, soit 19,5% des exportations totales du pays1.

À la suite de l’expérience réussie des Émirats arabes unis avec les zones de libre-échange et les zones économiques spéciales, les voisins du Moyen-Orient ont emboîté le pas avec leurs propres initiatives pour attirer les investissements (nationaux et étrangers), ce qui a accrue la concurrence régionale.

L'Arabie saoudite possède déjà ses villes économiques et ses zones économiques spéciales. Réalisant le potentiel des zones franches, le prince héritier Mohammad ben Salman a annoncé son intention de construire une zone économique de 500 milliards de dollars sur la mer Rouge appelée NEOM, qui fonctionnera comme une région semi-autonome avec ses législations spécifiques en matière douanières, fiscales et du travail et un système judiciaire indépendant2.

Les autres zones franches dans la région sont:

  • La zone franche de Ras Boufantas et la zone franche d'Umm AlHoul au Qatar3.
  • Le Park Qatari des Sciences and Technologie (QSTP) basé à Doha, un incubateur pour les start-ups technologiques4.
  • Le Centre financier du Qatar (QFC).
  • Le Port et la zone franche Sohar d'Oman5
  • La Madinat al-Harir (Ville de la soie) projet de 100 milliards de dollars programmé par le Koweït.

RÉPONDRE AU DÉFI

Tenaillé par la concurrence des zones franches et la saturation de leurs capacités, les Émirats arabes unis ont réagi en autorisant la propriété à 100% à un large éventail d'entreprises du continent. Cela permet de réduire l'écart entre la législation du continent et celle des zones franches, ce qui rend les avantages des zones franches moins prononcés, du moins aux Émirats arabes unis.

Les secteurs nouvellement ouverts pourront également, dans une large mesure, bénéficier d'autres avantages des zones franches, tels que le rapatriement total des capitaux et des bénéfices, la facilité d'installation, un régime fiscal léger et la levée totale des restrictions réelles sur les mouvements de main-d'œuvre, sachant que les EAU s'efforcent de transformer leur pays en un centre d’affaires mondial.

La règle de la propriété à 100% s'appliquera aux secteurs concernant les énergies renouvelables, les technologies écologiques, la biotechnologie, la technologie de production solaires hybrides et écologique, la recherche et le développement, la logistique et la chaîne d'approvisionnement et le commerce électronique.

RESTANT PERTINENT

Qu'advient-il alors de l'infrastructure des zones franches existantes?

Une manière pour les zones franches de conserver leur opportunité maintenant, au moment où la propriété à 100% sera autorisée ailleurs, est de se préparer à l'avenir en se transformant en nœuds d'innovation et en incubateurs pour l'économie future, d'autant plus que les pays du Moyen-Orient sont en train de préparer leurs économies à l’ère post-pétrolière.

Alors que les gouvernements en pleine maturité du Moyen-Orient recherchent un développement économique basé sur le savoir, le développement des compétences et l'incubation des talents locaux et de l'entrepreneuriat, les entreprises des zones franches ont la possibilité de collaborer avec des entités du continent nouvellement créées pour devenir des nœuds à travers lesquels peuvent être diffusées les idées et les innovations dans la région et à travers le monde.

Pour ce faire, les opérateurs des zones franches devront investir dans le développement d'écosystèmes qui soutiennent la croissance du développement technologique, y compris la législation sur les droits de propriété intellectuelle.

Les zones franches pourraient s’intéresser à l'intelligence artificielle, à la blockchain et aux technologies IdO (Internet des Objets), et à s'impliquer dans la chaîne de valeur de ces secteurs – au lieu d’être des laboratoires de vitrines commerciales.

Une autre option pour les zones franches est de devenir un essor vers la qualité en termes d’immobiliers pour les sociétés du continent. Les récentes installations de zones franches de Dubaï se positionnent comme des environnements haut de gamme de travail / de divertissement / et de vie, qui peuvent attirer des entreprises des anciennes enclaves commerciales de la ville, permettant à ces zones de s’ouvrir sur la modernisation et la renaissance potentielles.

Les modèles de zones franches où les entreprises installent des entrepôts et des usines et emploient de la main d’œuvre sont ceux qui produisent plus de valeur et qui profitent aux pays d'accueil, et non ceux qui servent de simples plaques tournantes de transbordement de marchandises.

La zone franche Jebel Ali de Dubaï (JAFZA) est l'une de ces zones franches qui a effectivement effectué cette transition dans la chaîne de valeur. Créée pour faciliter le commerce et le fret, elle est devenue une proposition complète de logistique et de chaîne d'approvisionnement. Des protocoles d'accord signés entre la Dubai South nouvellement créée et le nouvel aéroport international Al Makhtoum permettront d'étendre et d'approfondir la chaîne de valeur. JAFZA attire près du quart du total des IDE à Dubaï.

Selon les besoins de leurs populations, les gouvernements se doivent d'améliorer les relations entre les zones franches et l'économie du continent. Par exemple, au moment où pour l'Arabie saoudite aspire à ce que l'augmentation de l'emploi local grâce aux zones franches pourrait être un objectif principal, ceci n'est pas une préoccupation vitale pour les Émirats arabes unis, où la population nationale est très restreinte. Pour Dubaï, l’attraction des investissements étrangers et d’une main-d'œuvre qualifiée sont des objectifs clés.

C’est pourquoi, Il est important à ce que les zones franches coordonnent étroitement leurs programmes et politiques sur ceux de l'économie d'accueil.

Au moment où les zones franches se transforment pour surmonter le double défi de la concurrence accrue et de l'assouplissement des règles de la propriété sur le continent, un nouveau cadre pourrait émerger pour celles-ci: celui qui propose des packages de pointe comprenant de nouvelles technologies et innovations, des communautés intelligentes et des régimes réglementaires pour le 21e siècle. En bref, les zones franches qui s'adaptent survivront.